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Interview d'Alioune Badara Cissé
Interview
14 juillet 2016

1 ME ALIOUNE BADARA CISSE, COORDONNATEUR DE L’ALLIANCE POUR LA REPUBLIQUE (APR), 1ER ADJOINT AU MAIRE DE SAINT-LOUIS: « Il n’y aura pas de suppression du deuxième tour, Barack Obama y est pour beaucoup » 

2 Diatribe, pamphlet. Les superlatifs pour désigner les propos acides ne suffiraient à qualifier les mots de Me Alioune Badara Cissé, Coordonnateur de l'Alliance pour la République (Apr) dans l'interview qu'il nous a accordée. Et tout le Landernau politique en prend pour son grade : le président Wade, sa troisième colonne : ldrissa Seck, l'opposition. Des propos durs sous-jacents une analyse personnelle de la situation politique. Une forte conviction sur divers sujets qui lui fait dire qu'«il n'y aura pas de suppression du deuxième tour du scrutin aux élections présidentielles». Sa certitude étant faite que «le fameux coup de fil de Barack Obama à Wade, en marge des cérémonies de signature du Compact avec le Millenium Challenge Corporation», y est pour beaucoup. 

Quel commentaire faites-vous sur le débat autour de la candidature unique de l'opposition à la présidentielle de 2012 ? 

L'opposition, en posant un débat sur la candidature unique, rajoute à la diversion savamment entretenue par Wade et son clan dont l'objectif demeure la dissolution de l'épouvantail qu'a con-stitué le 22 mars 2009 une opposition qui est tout sauf unie et dont le manque de courage, à l'évidence, découle de son incapacité collective à tirer profit; le maximum possible, de cette situation qui frise la chienlit et dans laquelle notre pays patauge depuis déjà si longtemps. Je n'en veux pour preuve que la certitude partagée que si Wade était encore dans l'opposition et jouissait d'une situation de violations multiples et variées, de dégradation avancée de notre tissu institutionnel et de sa domestication à des fins purement personnelles, il y a bien longtemps qu'il serait dans la rue et la jeunesse avec, sans rien laisser au hasard. Des concerts de casseroles aux cocktails Molotov, en pas- . sant par les explosions de voitures, là paralysie des systèmes universitaire et scolaire, l'appel à l'inter¬national, les prières politiques, les articles de presse écrits de sa main, signés sans pseudonyme, ainsi que les apparitions partout à la fois, allant au-delà de l'ubiquité, car partageant avec Dieu qui lui ressemble tant son omniprésence. 

Et Macky Sall dans tout cela ? 

L'on se dilue dans des querelles de préséance du fait de l'aînesse que l'on décrie tant en parlant de Wade, sourd aux appels du grand large s'abattant avec la force d'une lame de fond sur nos rivages infestés de vieux crocodiles sans crocs ne sachant plus devant la chair que faire usage de leurs maxillaires devenus muqueuses à force de happer et de sucer en vain depuis des lustres. En face et à côté, sans avoir jamais rien demandé, Macky Sall, armé de cette seule maxime, dans son discours de rupture du 09 novembre 2008, qui tonne comme une sentence pour les hommes justes et qui savent avoir de la valeur et non un prix : «Qu'il faille me renier pour survivre, je dis non ! » L'opposition tient en ce jeune homme l'inespéré chevalier à qui Wade a offert des armures d'airain qui le prédis¬posent à toutes les tranchées pour les avoir tour à tour chacune essayées. Ministre des Mines, de l'Énergie et de l'Hydraulique, intérimaire ministre des Infrastructures et des Transports, ministre de l'Intérieur, Premier ministre, intérimaire ministre des Sports, président de l'Assemblée nationale, Directeur de campagne victorieux de son bourreau et tête de liste victorieux de la coalition de ce même bourreau, jamais pris à défaut en arrogance, en suffisance, en flagornerie, ni excessif ni impulsif, posé et réfléchi, concis et articulé, maniant avec saveur le français et l'anglais, mais aussi le ouolof, le sérère et le pulaar. Franchement, qui dit mieux ? 

Sans trahir aucun secret, force est de reconnaître que de notre rencontre, en février dernier, à Washington avec les responsables du Département Afrique au Département d'État américain, l'envergure internationale de l'homme ne cesse de produire ses pleins et entiers effets. L'Oncle Sam veille au grain sur tout ce qui se passe au Sénégal et rien de ce que fait Macky ne lui est indifférent. La France n'a pas entendu être en reste, qui l'a honoré à son plus haut niveau, don-nant la gueule de bois à certains futurs putschistes qui n'en reviennent toujours pas, déclenchant à nouveau l'ire de son bourreau qui crie à l'imposture face à son audience esseulée à l'Élysée et la foule qui jouait des coudes devant le Sénat pour saluer Macky. 

Gagner sa région et sa commune et l'essentiel des communautés rurales y contenues avec moins d'une semaine de campagne électorale, alors qu'en face, tous les fauves étaient lâchés avec armes et bagages, préférant sillonner le Oualo, le Fouta dans toutes ses composantes, le Nguénar, le Damga, le Fondé, le Lao, le Diéry, le Ranérou-Ferlo, le Djolof, le Guidimakha, le Ndiambour, et j'en oublie et des plus importants... Voilà ce dont il est capable, adoptant cette parabole du vieil arbre qui s'effondre avec fracas et de celui robuste qui pousse sans faire de bruit, Voilà le candidat qu'une opposition intelligente et non rusée devait obliger à conduire l'équipe qui irait a l'assaut de la citadelle Wade/Pds. 

Est-ce à dire que Macky Sall sera candidat à la présidentielle de 2012 ? 

Inéluctablement et si Dieu nous prête vie et santé, Macky sera candidat aux prochaines élections présidentielles. Il ne peut d'ailleurs en être autrement. Nos évaluations des dernières élections locales ont pour l'essentiel été un chapelet de reproches d'avoir permis un retour du Parti social-iste en ses diverses composantes. Notre credo de faire perdre le Pds partout où l'on ne pouvait les gagner, le peu de temps dont nous disposions pour aller en compétition ont été bien peu devant la furie bien comprise des Sénégalais qui ne veulent certainement plus de Wade, mais encore moins des socialistes qui se crêpent le chignon entre eux comme du temps où les liait encore un pouvoir agonisant. Le succès de Wade en 2007 a résidé en cela aussi qu'il n'y avait aucune alternative, d'où la cascade des scores à un chiffre avant la virgule à l'exception du futur vice-président (ndlr : Idrissa Seck). Soyons lucides et cessons de jouer au petit futé, car au pays de Kocc Barma Fall, c'est la qualité la mieux partagée. 

Que vous inspire la candidature de Wade, au vu de son âge assez avancé ? 

Le courage et la témérité de Wade ne sont plus à démontrer, mais ils n'égaient pas sa perfidie et ses dons exceptionnels pour l'intrigue. Ses capacités de communication, de mise en scène et de casting en osmose à l'inverse sont connues de tous. S'il était accoucheur, il ne donnerait jamais dans le péridural, ou même dans la césarienne, c'est au forceps sans anesthésiants ni antalgiques que tout se fait chez lui. Il a eu le temps de se forger et de se carapacer, il nous faut le reconnaître. Maintenant, pour sa candidature en 2012, je ne partage pas l'avis des juristes constitutionnalistes et des hommes politiques qui, très tôt, ont tissé à cette possibilité un semblant de légalité. 

L'application de la loi n'est pas seulement le texte voté par le Parlement, mais c’est aussi découler d'une analyse exégétique qui va remonter aux préoccupations et à l'état d'esprit du législateur. Wade lui-même le sait. Lui qui riait à gorge déployée devant ce débat qui ne sait rien que lui tendre une perche à laquelle il ne s'attendait pas. La preuve est qu'en novembre 2008, quand il s'est agi de débarquer Macky au perchoir de l'Assemblée nationale, il lui a refusé le bénéfice de la non-rétroactivité de la loi limitant le mandat du président de l'Assemblée nationale de 5 à 1 an, ainsi que celle de la capacité pour un groupuscule taillable et corvéable à merci de saisir le Bureau pour débarquer le président de la Chambre basse entre deux périodes d'une année. 

Au surplus, et conscient que ne le lui permettait, Wade avait fait insérer une proposition transi-toire que son mandat actuel n'est pas concerné par la disposition nouvelle. Wade ne peut et ne doit être candidat. Sa candidature peut avoir l'effet d'isoler dans un linceul d’opacité celle plus probable de Karim, qui s'étoffe jour après jour à occuper davantage d'espace. Et rien ne semble l'en empêcher, bien au contraire. Que ceux qui pensaient que la déroute du 22 mars avait sonné le glas de ses ambitions politiques se détrompent, Karim n'a pas dit son dernier mot. Et la mise au pas progressive du Pds par le père pour servir le fils semble avoir reçu l'onction du Saint-esprit. 

Comment appréhendez-vous l'annonce du retour d’Idrissa Seck dans le dispositif présidentiel ? 

Idrissa Seck est à sa place aux côtés de Wade, de qui il n'aurait jamais dû s'éloigner d'ailleurs. Des élections de 2007, il est sorti numéro deux, enterrant tous les ténors d'une opposition surannée. Donc, rien de plus normal qu'on lui mette les sabots d'un vice-président que les Sénégalais rejettent de tous leurs voeux. C'est en fait un vieux plat que Idrissa Seck lui-même avait négocié pour Wade en 1991 avec Diouf avant de regagner les Usa, et que Wade a essayé au moins à deux repris¬es de lui rendre la monnaie de sa pièce sans succès en le proposant à cette tribune à inaugurer des chrysanthèmes, puisque les premières pierres ne se posent plus depuis le départ de Macky. Sauf pour les statuettes. Peut-être que leur compagnonnage nouveau donnera lieu à un Cd nouveau qui nous édifiera sur le protocole de Rebeuss. Que tous nos voeux les accompagnent. 

Peut-on s'attendre à ce que Macky Sall retourne auprès de Wade, dans la per¬spective de la présidentielle de 2012 ? 

Le président de la République s'est donné tant de peine pour se défaire de son président de l'Assemblée nationale que je ne vois pas sur terre, à part la dette de reconnaissance inextinguible que Macky lui doit et la courtoisie et la déférence à son âge; à son rang, et à son statut, ce qui peut encore réunir les deux hommes. Je me souviens encore de cette réflexion à haute voix, empreinte d'émotion quelques jours après les funérailles de mère Coumba (ndir : la défunte mère de Macky Sall), quand Macky, devant les attaques tous azimuts de ses frères de parti, et le silence complice du président: «Sama waay, qu'est-ce que tu penses que j'ai dû faire pour mériter un tel traitement ?» Je me souviens également, déclarant ceci sur toutes les radios du Sénégal : «Monsieur le président de la République, à genoux devant vous, je me mets pour vous supplier et vous conjurer de sif¬fler la fin de la récréation. Ne faites pas en sorte que ceux-là d'entre nous qui devraient être les diantres de vos oeuvres, que nous en soyons les premiers détracteurs». Fin de citation. Mon appel n'a pas été entendu et une chassé aux sorcières, aux fins d'humilier, fut organisée sans discerne¬ment. Seuls seront épargnés ceux-là dotés d'outils exceptionnels de reniement. Le refus de délivrer le passeport diplomatique, le retrait de la garde rapprochée, les accusations autant fallacieuses que puériles de trafic de drogue, de blanchiment d'argent bantou, et j'en passé. Non, mille fois non, Macky ne retournera pas vers Wade pour la simple raison qu'il n'est pas seul dans ce combat et qu'il n'a rien à y gagner. Macky et l'Apr/Yaakaar demeurent les seuls ensembles qui suscitent encore de l'espoir au niveau des populations tant au Sénégal que dans la Diaspora. Il n'a pas le droit de le saborder et il ne le fera pas ! Nous lui tiendrons compagnie afin qu'il ne faiblisse jamais 

La suppression du second tour de la présidentielle est de plus en plus théorisée par certains cercles libéraux... 

Il n'y aura pas de suppression du deuxième tour du scrutin aux élections présidentielles. Le fameux coup de fil de Barack Obama à Wade, en marge des cérémonies de signature du Compact avec le Millenium Challenge Corporation est pour beau¬coup dans cette certitude biblique que j'ai sur la question. 

Que pensez-vous de l'affaire Segura ? 

Oh ! J'ai honte pour mon pays et les dirigeants que nous nous sommes choisis. Le butin, son partage. Le dicton ouolof est si vrai qui dit que : «Tong tongu naat sa yu wëree rew dunx ya tax». 

Barka Isma BA 

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